Revenu Universel, une idée vraiment sérieuse ?

Publié le par Nicolas Duquerroy

Chaque jour le déficit budgétaire se creuse, les inégalités s’aggravent, et une part croissante de la population glisse dans la précarité. Alors que la conjoncture est terriblement délicate pour de nombreux Français, le gouvernement semble vouloir nous appeler une nouvelle fois à faire des efforts. Mais au milieu de ces annonces d’austérité et de rigueur, une idée continue de resurgir, souvent considérée comme radicale, presque taboue : et si le revenu universel devenait enfin une solution sérieuse, non seulement pour garantir la dignité de chacun, mais aussi pour enrayer le déficit public ?

Revenu Universel une idée sérieuse ?

"Le fossé se creuse. Ce n’est plus une fracture, c’est un canyon"

Depuis plus de trente ans, notre pays traverse crises sur crises. Crises économiques, crises sanitaires, crises sociale et maintenant crise politique. À chaque fois, ce sont souvent les mêmes qui trinquent, les plus fragiles, les familles monoparentales, les jeunes en galère de logement et les seniors précaires.
Dans le même temps, les plus fortunés bénéficient encore d’avantages fiscaux, de niches bien gardées, et d’un patrimoine en constante valorisation. Le fossé se creuse. Ce n’est plus une fracture, c’est un canyon.

Et dans ce paysage déséquilibré, chaque nouvelle mesure d’économie semble tomber sur les épaules des classes moyennes et populaires. On rogne sur les services publics, on casse l'écologie, on parle de reculs sociaux, pendant que le quotidien de millions de Français devient un exercice de survie.

Pour beaucoup, proposer un revenu universel revient à dire un gros mot. On y voit une idée de doux rêveurs, de bobos gauchos ou encore un projet déconnecté des réalités budgétaires.
Et pourtant, si l’on prend un peu de recul, cette proposition soulève de vraies questions, et peut-être même, de vraies solutions.
Le principe est simple, garantir à chaque citoyen un revenu de base, inconditionnel. Une somme suffisante pour couvrir les besoins essentiels tels que se loger, se nourrir, se soigner, se déplacer.
Ni une aumône, ni une récompense, mais un socle. Un droit de vivre dignement.

"Ne plus vivre dans la peur du lendemain"

À quoi servirait un tel revenu dans la France de 2030 ? À redonner de la dignité. À ne plus dépendre d’une administration aux multiples couches administratives pour obtenir quelques aides. À ne plus vivre dans la peur du lendemain, mais aussi à permettre à chacun de participer pleinement à la société. Travailler, entreprendre si on le souhaite, se former si on en a besoin et s’épanouir librement.
Et si, au lieu de décourager le travail, le revenu universel en devenait le catalyseur ? Car en sécurisant les parcours professionnels, on ouvrira des chemins aujourd’hui bloqués par la peur du lendemain.

C’est là que l’idée devient dérangeante, mais à mes yeux passionnante. Car aujourd'hui beaucoup pensent que le revenu universel coûterait trop cher et qu'il découragerait les gens de travailler. Mais si l’on regarde bien ce que "coûte" aujourd’hui la pauvreté, les aides multiples et fragmentées, les dispositifs complexes à gérer, les situations de mal-être qui en découlent, cela représente déjà des milliards.

Et si, en simplifiant notre système, nous parvenions enfin à le rendre plus juste et plus efficace ?
Imaginons un revenu universel d’un montant raisonnable, par exemple autour de 1300 euros par adulte, versé chaque mois à tous les Français majeurs, sans condition ni contrepartie.
En échange de ce revenu universel serait instauré un impôt universel minimal, de l’ordre de 100 euros par an, payé par chaque citoyen, y compris ceux qui n’ont pas de revenu d’activité.

Dans cette logique de simplification, l'ensemble des aides sociales existantes, sauf exceptions spécifiques, pourraient être supprimées, tout comme l'ensemble des niches fiscales devenues inéquitables ou obsolètes.

Pour les personnes souhaitant cumuler emploi et revenu universel, on pourrait imaginer un système incitatif. Par exemple leurs salaires pourraient être exonérés de charges sociales et même défiscalisés, afin de ne pas pénaliser l’effort de travail, mais au contraire le valoriser.

"Chaque euro dépensé par les Français, c’est de la TVA qui entre dans les caisses de l’État"

Enfin, pour accompagner cette transformation économique, une taxe aux frontières pourrait être instaurée sur les produits fabriqués à l’étranger mais disponibles en équivalent sur notre sol, notamment ceux dont l’impact écologique ou social est négatif. Une manière de protéger à la fois notre environnement, notre tissu industriel, et notre souveraineté économique.

Tout cela aurait un effet direct, relancer la consommation des ménages.
Car un revenu de base ne dort pas dans un coffre au Luxembourg. Il circule. Il est utilisé pour manger mieux, se soigner, équiper ses enfants, soutenir les petits commerçants.
Chaque euro dépensé, c’est de la TVA qui entre dans les caisses de l’État.
C’est aussi de l’emploi local qui se maintient ou se crée. C’est un tissu économique de proximité qui reprend vie. Et donc, à terme une recette fiscale renforcée, dans un climat apaisé, plus juste, plus écologique et plus solidaire.
Le revenu universel e n’est pas un sujet simple, mais aucune transformation véritablement profonde ne l’est. Et puis, au fond, derrière les chiffres, les calculs et les modèles, c’est un choix de société que nous devons faire.
Quelle société voulons-nous bâtir ? Une société où l’on continue de colmater les brèches avec des rustines d’aides temporaires, en pointant du doigt les étrangers, les précaires, les oubliés du système ?
Ou bien une société où chacun aurait les moyens de vivre librement, dignement, avec une base solide pour se projeter, se construire, et contribuer à sa manière ? Ce choix ne relève à mes yeux ni de la droite, ni de la gauche, il est simplement profondément humain.

Selon moi, chacun mérite un minimum pour vivre, car ne l'oublions jamais, nous vivons dans LE pays qui porte haut les valeurs de Liberté, d’Égalité et de Fraternité.

Nicolas Duquerroy

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