Billet d’humeur du Mercredi : Elu référent au Bien-Être Animal, les communes avancent, l’État hésite encore.
Depuis plusieurs années, les associations de protection animale portent une demande simple, presque évidente : reconnaître pleinement le bien-être animal dans l’action publique, avec un ministère dédié. Une reconnaissance à la hauteur des enjeux. Malgré les mobilisations, les pétitions et les alertes répétées, le sujet peine encore à s’imposer au niveau national. Il est entendu, certes, mais reste relégué au second plan.
Sur le terrain, la réalité est tout autre. Les élus locaux, eux, n’ont pas ce luxe d’attendre. Chaque jour, ils sont confrontés aux attentes des habitants, aux situations concrètes, parfois urgentes. Alors beaucoup ont choisi d’agir.
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Dans une commune comme Valojoulx, nous avons fait ce choix dès le début du mandat. Avec l’ensemble du conseil municipal, nous avons mis en place une commission dédiée à l’environnement et au bien-être animal. J’aurai d’ailleurs l’honneur d’en être le vice-président, aux côtés du maire qui en assure la présidence. Cette décision n’a rien d’un effet d’annonce. Elle s’inscrit dans une démarche claire : traiter ces sujets avec sérieux, méthode, et surtout passer des intentions aux actions. Dans cette continuité, une délégation spécifique confiée à un élu référent sera prochainement soumise au vote.
Concrètement, agir ne demande pas forcément des moyens démesurés. Il s’agit souvent de bon sens. Dans une petite ou moyenne commune, cela peut commencer par créer des zones d’ombre grâce à la plantation d’arbres, aménager des espaces simples, végétaliser les lieux publics pour mieux faire face aux fortes chaleurs. Repenser les espaces de vie pour qu’ils restent agréables, utiles et respectueux de leur environnement.
Cela passe aussi par une gestion plus juste des espaces verts. Adapter les périodes de coupe, respecter les cycles naturels, préserver les périodes de nidification, entretenir les haies et les arbres avec cohérence. C’est une approche équilibrée, presque instinctive, que nos anciens appliquaient déjà avec bon sens.
Dans le même esprit, il devient nécessaire d’évoluer vers des pratiques d’entretien plus saines. Réduire, voire supprimer les produits chimiques, privilégier des solutions naturelles, protéger les sols et l’eau. Ce sont des choix simples, mais essentiels.
À cela s’ajoutent des actions accessibles à toutes les communes : installer des nichoirs, préserver certaines zones plus sauvages, récupérer l’eau de pluie, sensibiliser les habitants. Ce sont des gestes visibles, concrets, qui participent à une dynamique globale.
Mais au fond, la question dépasse l’environnement. Elle touche à notre rapport au vivant. Être élu, c’est connaître son territoire. Et aujourd’hui, le constat est clair : la biodiversité recule, les abandons d’animaux persistent, et les habitants cherchent des repères.
C’est pour cela que la création de groupes de travail citoyens prend tout son sens. Associer les habitants, écouter leurs attentes, construire avec eux. Ce lien direct entre élus et citoyens donne de la cohérence et de la solidité aux projets. À Valojoulx, nous avons fait ce choix dès les premiers jours, et il s’inscrit naturellement dans notre manière de travailler.
Je fais partie de ceux qui pensent que l’on protège mieux ce que l’on comprend. Dans cette logique, les communes peuvent organiser des journées de sensibilisation, en lien avec des associations engagées comme la LPO, l’ASPAS ou One Voice.
Il est aussi important de ne pas oublier notre histoire. Certaines pages méritent d’être reconnues. Créer un monument en hommage aux animaux morts pour la France, c’est leur redonner une place, inscrire leur rôle dans notre mémoire collective.
Dans un registre plus concret encore, les cantines peuvent également évoluer. Proposer des menus végétariens en complément des repas existants présente plusieurs avantages : c’est meilleur pour la santé, plus respectueux de l’environnement, souvent plus économique, et cela permet de répondre plus simplement aux régimes alimentaires confessionnels. Là encore, on parle de bon sens.
Les communes peuvent également aller plus loin en s’engageant concrètement : obtenir le label Refuge LPO, préserver les milieux naturels, planter des haies favorables à la biodiversité, accompagner les propriétaires dans cette démarche, lutter activement contre les abandons d’animaux, soutenir les associations de protection de l’environnement et du bien-être animal, et travailler en lien étroit avec les vétérinaires. Certaines collectivités franchissent une étape supplémentaire en mettant en place de véritables chartes du bien-être animal ou en désignant un élu référent clairement identifié pour piloter ces actions. Comme indiqué précédemment, la création d’une délégation spécifique, confiée à un élu référent, sera prochainement soumise au vote de l’ensemble du conseil municipal de notre petite commune Périgourdine.
Tout cela n’a rien d’idéologique et n'ont rien à voir avec la folie woke. Ce sont des actions concrètes, mesurables, ancrées dans le réel. Une manière responsable d’agir, en phase avec les attentes des Français, sans opposer écologie et bon sens.
Ce que montrent aujourd’hui de nombreuses communes, petites comme grandes, c’est qu’il est possible d’avancer sans attendre. Avec de la volonté, de l’écoute et une vision claire, les choses bougent.
Reste une question, simple : combien de temps encore l’État restera-t-il en retrait sur un sujet qui, lui, progresse partout sur le terrain ? Car soyons clairs, le bien-être animal et le respect de l’environnement ne sont plus des sujets secondaires et comme souvent, c’est peut-être une fois de plus des territoires que viendra l’impulsion.
Nicolas Mathieu Duquerroy
Membre de l'Association des Élus de la Condition Animale