Crise agricole française : protéger les agriculteurs en changeant enfin de modèle

Publié le par Nicolas Duquerroy

Crise agricole : et si le vrai courage était de changer de modèle ?

Depuis quelque temps, le monde agricole traverse une période très compliquée. On le voit dans l’actualité, mais surtout sur le terrain, chez celles et ceux qui vivent de la terre au quotidien. Beaucoup parlent d’une fatigue profonde, d’un ras-le-bol qui ne date pas d’hier. La crise sanitaire qui touche certains troupeaux n’a fait qu’accélérer les choses. Les abattages décidés dans l’urgence ont été vécus comme un choc, parfois comme une injustice, et ont ravivé un malaise déjà bien présent.

Très vite, la colère a dépassé la question de la maladie. Ce que le monde agricole exprime aujourd’hui va bien plus loin. Il est question de normes toujours plus nombreuses, de contrôles vécus comme une pression constante, de décisions prises loin de la réalité du terrain. Beaucoup ont le sentiment de devoir sans cesse s’adapter, investir, modifier leurs pratiques, sans jamais retrouver de stabilité, ni économique ni humaine.

Crise agricole le choix de l'écologie

Je comprends cette colère, parce que je comprends nos agriculteurs. J’ai moi-même grandi au cul des vaches, dans une petite ferme familiale. Je vis, j’entreprends et j’aime profondément la ruralité. Mais je crois aussi qu’il faut avoir l’honnêteté de dire les chose, oui, le modèle agricole dominant ne fonctionne plus. Il ne fonctionne plus pour les agriculteurs, il ne fonctionne plus pour la nature, et il ne fonctionne plus pour le pays. Aujourd’hui, une grande partie de l’agriculture française tient essentiellement grâce aux aides publiques. Sans ces soutiens massifs, beaucoup d’exploitations auraient déjà disparu. Maintenir artificiellement un système sous perfusion a un coût énorme pour la collectivité, sans résoudre les problèmes de fond.

Cette crise agricole nous montre que nous devons changer notre modèle agricole et cela passe forcément par la transformation des exploitations, et parfois par une sortie progressive de l’élevage. C’est un sujet sensible, mais il est impossible de l’éviter plus longtemps. Aujourd’hui, l’élevage fait partie des sources de pollution les plus importantes : émissions de gaz à effet de serre liées au méthane, pression sur les ressources en eau, dégradation des sols, importation massive de protéines végétales comme le soja, souvent issues de la déforestation. Ce modèle, tel qu’il est majoritairement pratiqué, est en déséquilibre profond avec le vivant.

À cela s’ajoute une autre réalité que beaucoup refusent encore de regarder en face. L’élevage est aussi l’une des productions agricoles qui aura le plus de mal à rester rentable dans les années à venir. Les habitudes alimentaires évoluent. Le végétarisme progresse, la consommation de viande recule lentement mais durablement, et les attentes des consommateurs changent. Malgré cela, aujourd’hui déjà, beaucoup d’éleveurs peinent à vivre décemment de leur travail. Les marges sont faibles, les charges lourdes, la dépendance aux aides permanente. Ce n’est pas un échec individuel, c’est l’échec d’un système qui les enferme.

Selon moi, plutôt que de s’acharner à maintenir un modèle à bout de souffle, il serait plus judicieux, plus humain, de proposer une véritable politique de reconversion. Une reconversion accompagnée, sécurisée, respectueuse des parcours de vie de nos agriculteurs. Transformer certaines exploitations vers des cultures céréalières diversifiées, du maraîchage, de l’agroforesterie, redonnerait de l’autonomie, du sens et souvent une véritable stabilité économique à nos agriculteurs. Et pour celles et ceux qui le souhaitent, il faut aussi assumer la possibilité d’un changement de métier, sans stigmatisation, avec un vrai soutien à la formation et à la transition professionnelle.

Nous devons aussi protéger nos agriculteurs. On leur demande beaucoup, parfois énormément. Toujours plus d’efforts sur le plan écologique, toujours plus de contraintes, toujours plus de changements à absorber. Alors oui, tout n’est pas parfait et il reste encore beaucoup à faire. Mais il faut aussi reconnaître qu’un immense travail a déjà été accompli ces dernières années par le monde agricole. Les pratiques ont évolué, parfois dans des conditions difficiles, avec une réelle volonté d’aller dans le bon sens.

Protéger nos agriculteurs, cela signifie aussi mettre fin à une concurrence déloyale devenue absurde. On ne peut pas imposer en France des normes environnementales et sociales élevées, tout en laissant entrer sur notre marché des produits qui ne respectent pas du tout ces règles. Il est donc essentiel de taxer les produits importés qui ne répondent pas aux mêmes exigences que celles imposées à notre agriculture. Ce n’est pas du repli, c’est du bon sens.

Dans la même logique, il est indispensable d’imposer aux cantines scolaires, aux hôpitaux et aux restaurants gérés par les collectivités une obligation d’achat de produits 100 % français et locaux. L’argent public doit soutenir en priorité celles et ceux qui produisent sur notre territoire, dans le respect de nos normes et de notre modèle social. C’est une mesure concrète, efficace, et immédiatement bénéfique pour les territoires.

Il faut aussi redonner du pouvoir au consommateur. Beaucoup souhaitent consommer mieux, mais manquent d’informations claires. Un repère graphique simple, lisible, sur le modèle du Nutri-Score, pourrait être mis en place. Un “Nutri-France”, par exemple, qui indiquerait clairement l’origine du produit, son niveau de respect environnemental et social, et sa contribution à l’économie locale. Chacun pourrait ainsi choisir en responsabilité ce qu’il achète.

La question des prédateurs, et notamment du loup, cristallise elle aussi beaucoup de tensions selon la FNSEA. Là encore, les faits montrent que les tirs ne règlent rien durablement. Ils désorganisent les meutes et fragilisent la biodiversité. À l’inverse, les solutions de protection des troupeaux existent et fonctionnent lorsqu’elles sont réellement accompagnées. Le loup, comme d’autres espèces sauvages, participe à l’équilibre des écosystèmes et peut aussi devenir un atout pour le tourisme vert et l’attractivité des territoires ruraux.

Être écologiste, pour moi, ce n’est pas être contre les agriculteurs. C’est refuser de les enfermer dans un modèle qui les épuise. C’est défendre une transition agricole réaliste, progressive, humaine, qui respecte la nature autant que celles et ceux qui la travaillent. Une écologie de responsabilité, enracinée, qui protège le vivant sans opposer les mondes, et qui regarde la réalité en face pour construire un avenir plus juste.

Êtes-vous d’accord avec moi ? Que pensez-vous de cette situation ? Soutenez-vous la colère des agriculteurs et, selon vous, quel modèle agricole devrait être défendu pour les années à venir ?

A très vite en commentaire.

Nicolas Duquerroy

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